. Constantine et sa Région à la Préhistoire.
Constantine et sa région furent occupées par l’homme dès les temps préhistoriques. Les découvertes archéologiques attestent d’une présence humaine très ancienne, remontant aux débuts du Quaternaire. Elles témoignent notamment du passage des premiers hominines, puis des Néandertaliens. Au cours des périodes suivantes, la région connut le Néolithique et, plus tard, le développement de la civilisation mégalithique.
De nombreux sites préhistoriques ont été découverts aux alentours de Constantine. Le plateau de Mansourah compte parmi les plus anciens. Des ossements d’hippopotames ainsi que des galets taillés y ont été mis au jour, témoignant de l’ancienneté de l’occupation humaine dans la région.
Le Djebel El Ouahch a également livré de nombreux vestiges, notamment des pointes amygdaloïdes, des grattoirs et divers outils en pierre. La Grotte des Ours, qui doit son nom aux nombreux ossements d’ours qui y furent découverts, a révélé des vestiges appartenant à différentes périodes préhistoriques. On y a notamment retrouvé une importante quantité de quartzite datant du Paléolithique, ainsi que des vestiges néolithiques comprenant de la céramique, des outils en pierre et en os polis et des objets en silex.
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Grotte de Pigeons. Constantine.
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D’autres cavités témoignent également de l’occupation préhistorique de la région. La Grotte aux Mouflons doit son nom aux ossements de mouflons qui y ont été découverts. La Grotte des Pigeons, quant à elle, aurait principalement servi de nécropole et serait attribuée au Néolithique.
Enfin, la présence de la civilisation mégalithique est attestée par les nombreux dolmens et monuments funéraires dispersés dans la région de Constantine. Parmi les principaux sites figurent Tiddis, Roknia, Bou Nouara, Djebel Merah et Ras El Aïn Bou Merzoug. Ces vestiges témoignent de l’importance de la région dans l’histoire préhistorique de l’Est algérien.
. Constantine à l'Epoque Punique.
Bien avant de devenir l’actuelle Constantine, la cité portait le nom de Cirta, dont l’histoire témoigne d’une importante influence du monde punique. Les sources antiques et les découvertes archéologiques attestent de cette présence, tandis que le nom même de Cirta serait apparenté au terme punique Qart, signifiant « ville ».
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Monnaie Punique. Musée Nationale de Setif.
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Cette influence s’étendait également à la région, comme le prouvent les inscriptions puniques découvertes à Sila, Sigus, Tigisis, Tiddis, Mila et El Khroub.
Au IIIᵉ siècle avant J.-C., Cirta connaît une période d’apogée, marquée par un important développement économique et urbain, qui la place parmi les grandes cités de l’Afrique du Nord antique. Près d’un millier de stèles puniques ont été découvertes dans la région, avec une concentration particulièrement remarquable sur le site d’El Hofra.
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Stèles Puniques. Musée Cirta.
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Ces témoignages livrent également des informations sur les pratiques religieuses de la cité : Baal Hamon y occupe une place prééminente et, à une exception près, est cité avant Tanit, contrairement à l’usage généralement observé à Carthage.
. Constantine durant la Période Royale Numide.
Constantine joua un rôle primordial durant la période royale numide. Sous le règne de Syphax (215 à 203 av. J.-C.), Cirta fut l’une des cités majeures du royaume berbère des Massæsyles.
Au début de la deuxième guerre punique (218 à 201 av. J.-C.), Syphax s’allia aux Romains contre les Carthaginois. Après son mariage avec Sophonisbe, une jeune aristocrate carthaginoise, Syphax se rangea du côté de Carthage, tandis que son rival, Massinissa (fils de Gaïa, roi des Massyles), ancien allié des Carthaginois se rangea du côté de Rome.
Syphax fut vaincu près de Cirta par les forces de Massinissa et Caius Laelius. Fait prisonnier, il vit Cirta tomber aux mains de son rival. Emmené en Italie pour figurer au triomphe de Scipion, il mourut peu après à Tibur (actuelle Tivoli), vers 203 av. J.-C.
La prise de Cirta marqua le début de l’ascension de Massinissa qui régna de 202 av. J.-C. jusqu'à sa mort en 148 av. J.-C. Il étendit son royaume sur un vaste territoire compris entre la Moulouya, à l’ouest, et la Tusca, près de Tabarka, à l’est. Il fit de Cirta sa capitale et contribua à son embellissement, notamment par la construction d’un palais.
À sa mort en 148 av. J.-C., son royaume fut partagé entre ses trois fils, Micipsa, Gulussa et Mastanabal, qui reçurent le titre de rois et se répartirent les principales fonctions du pouvoir, notamment l’administration, l’armée et la justice.
Après la mort de ses deux frères, Micipsa (148 à 118 av. J.-C.) demeura seul à la tête du royaume numide. Cirta devint alors, un carrefour économique et culturel majeur en Méditerranée.
Attirés par le commerce du blé numide, de nombreux marchands grecs et italiens s'y installèrent. La ville connut aussi un grand rayonnement spirituel, comme en témoigne le célèbre sanctuaire d'El Hofra, dédié aux divinités Baal Hammon et Tanit, illustrant le brassage des cultures berbère et punique au cœur de la capitale.
À la mort de Micipsa, en 118 av. J.-C., le pouvoir fut partagé entre Adherbal, Hiempsal (fils de Micipsa) et Jugurtha (fils de Mastanabal).
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Monnaie du Royaume de Massinissa ou Micipsa.
Musée National des Antiquité et Arts Islamique. Alger
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Hiempsal fut assassiné peu après. Le royaume fut alors partagé entre Adherbal (118 à 112 av. J.-C.) et Jugurtha (118 à 105 av. J.-C.), qui entrèrent en conflit au sujet du partage du pouvoir. Jugurtha finit par s’imposer et revendiqua l’ensemble du royaume numide.
Jugurtha assiégea Cirta. La ville fut bientôt confrontée à la famine et Adherbal finit par capituler en 112 av. J.-C. Malgré sa reddition, il fut mis à mort par son rival, tandis que les marchands italiens de la ville furent massacrés, déclenchant ainsi l'intervention directe de Rome et le début de la guerre de Jugurtha.
Après la défaite de Jugurtha, celui-ci fut livré aux Romains en 105 av. J.-C. par Bocchus Ier, roi de Maurétanie, son ancien allié et beau-père.
Conduit à Rome, il fut présenté lors du triomphe du général Caius Marius, puis emprisonné dans le Tullianum, une prison située au pied du Capitole. Il y mourut en 104 av. J.-C., mettant ainsi fin au destin du dernier grand roi numide indépendant.
Durant les décennies suivantes, le royaume numide fut affaibli et morcelé sous la tutelle romaine.
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Cellule de Jugurtha à Rome.
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Pendant la guerre civile qui opposa César à Pompée, Cirta demeura la capitale de la Numidie sous l'autorité de Hiempsal II (88 à 60 av. J.-C.), fils de Gauda (demi-frère de Jugurtha), fils de Mastanabal, fils de Massinissa, puis de son fils Juba I (60 à 46 av. J.-C.), dernier roi des numides.
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Monnaie du Royaume de Juba I.
Musée National des Antiquité et Arts Islamique. Alger
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Après la défaite et le suicide de Juba I (fils de Hiempsal II) en 46 av. J-C. face à César, la partie orientale de la Numidie est annexée par Rome et intégrée à une province appelée Africa Nova.
. De Cirta à Constantine : Plus de 500 ans d'Histoire Romaine.
. La Naissance d'une Puissance Romaine (Ier siècle av. J.-C.).
Tout commence pendant les guerres civiles romaines. Sittius, un aventurier italien à la solde de Jules César, s'empare de la ville. Après sa victoire, César lui offre la cité et ses terres, à condition qu'elle soit habitée par des citoyens romains.
Cirta devient alors une colonie officielle sous le nom de Colonia Julia Cirta. La ville s'organise rapidement : elle est dirigée par deux duumvirs, un questeur et un magistrat fiscal. Elle prend surtout la tête d'une puissante alliance régionale, la Confédération cirtéenne, qui regroupe Rusicade (Skikda), Milev (Mila), Chullu (Collo) et plus tard Cuicul (Djemila).
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La Panthère bachique. Chabersas ou Oued H’mimine.
II-IIIe siècles selon Lancha ou III-Ive siècles selon Dunbabin
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. La Destruction de la Ville (IIIe - IVe siècle).
En 297 apr. J.-C., la région est réorganisée et Cirta devient la capitale de la Numidie cirtéenne. Mais le drame couve. En 310 apr. J.-C., le vicaire d'Afrique, Domitius Alexander, se révolte contre l'empereur Maxence. Les habitants de Cirta choisissent son camp et l'acclament comme le « Restaurateur de la liberté publique ».
La vengeance de l'empereur Maxence est terrible : en 311 apr. J.-C., ses troupes assiègent la ville et la détruisent totalement.
. La Renaissance : Constantin et l'Essor Religieux.
La cité romaine aurait pu s'éteindre là, mais son destin bascule grâce à l'empereur Constantin Ier. Après avoir vaincu Maxence, Constantin décide de reconstruire intégralement la ville en 313 apr. J.-C. Pour célébrer cette renaissance, la ville abandonne le nom de Cirta et adopte celui de son bienfaiteur : Constantina (l'actuelle Constantine), qui devient la capitale de la Numidia Constantina.
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Monnaie de Constantine I. Musée de Cherchell.
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Au début du Ve siècle, Constantine devient le théâtre de grandes fractures religieuses avec l'essor du donatisme (un mouvement chrétien affirmant que seuls les prêtres irréprochables peuvent administrer les sacrements). Le plus célèbre fut l'évêque Petilianus, marquera l'histoire par ses débats théologiques acharnés contre Saint Augustin.
. Voyage au Cœur de la Constantine Antique.
Sous le pavé de la Constantine moderne sommeille l'antique Cirta, l'une des cités les plus fastueuses de l'Afrique romaine. Au fil des siècles et des fouilles archéologiques, la topographie de cette métropole s'est dévoilée, révélant une organisation urbaine spectaculaire, rythmée par des monuments grandioses.
. La Haute Citadelle et le Génie de l'Eau.
L'actuel quartier de la Casbah, hérité de l'époque ottomane, repose en réalité sur les fondations du Capitole romain. Véritable forteresse militaire et spirituelle, ce complexe rayonnait par son luxe. C'est en son sein que fut découverte la célèbre statuette en bronze de la Victoire ailée, chef-d'œuvre de la sculpture antique.
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La Victoire de Cirta.
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Les fouilles y ont également révélé un ensemble architectural dense : une église chrétienne, les remparts d'origine et deux temples païens majestueux entourés de colonnades.
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Le Capitole selon les planches de Amable Ravoisié.
Restitution IA.
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Pour alimenter ce quartier en eau, les ingénieurs romains avaient conçu un réseau hydraulique complexe. Des citernes massives, bâties près de l'ancienne prison militaire, recevaient l'eau par un premier aqueduc depuis la colline de Coudiat Ati, elle-même connectée à d'autres citernes, et un second ouvrage d'art en amont.
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L'Aqueduc Romain selon les planches de Amable Ravoisié.
Restitution IA.
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. Le Forum : Cœur Battant de la Cité.
En redescendant vers l'actuelle place du Palais du Bey, on pénétrait dans le centre névralgique de la vie publique : le Forum. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les vestiges de l'arc de triomphe dédié au magistrat Caecilius Natalius marquaient l'entrée de cette place monumentale. Tout près, un tétrapyle se dressait fièrement au carrefour des voies.
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Arc de Triomphe selon les Planches de Amable Ravoisié.
Restitution IA.
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Le quartier abritait également la basilique judiciaire, dont il ne reste aujourd'hui que de précieux pavements de mosaïque, ainsi que le tout premier amphithéâtre de la ville. Ce lieu de spectacle frappait par sa taille étonnamment modeste, affichant un rayon de seulement 14 mètres.
. Des Spectacles aux Monuments Funéraires.
Autour de la Brèche, les Romains venaient se recueillir dans une série de sanctuaires et de chapelles. C'est à la sortie de cette place que reposaient l'orfèvre Praecilius et sa fille, dans un imposant tombeau cubique. Plus bas, les vastes terrains de la gare actuelle accueillaient les clameurs des courses de chars au sein d'un grand hippodrome.
. Un Patrimoine Dispersé et Eternel.
L'empreinte romaine s'étendait bien au-delà de ces quartiers. Cirta s'enorgueillissait du prestigieux portique de Gratien, des thermes d’Arrius Pacatus excavés en 1857, et du réseau thermal de Caecina Albinus. Le panthéon romain y était célébré à chaque coin de rue à travers des temples dédiés à Pallas, Bacchus, Julie ou Saturne.
Certains de ces monuments ont traversé le temps de manière inattendue : le temple de Vénus et de la Concorde a été démantelé pour que ses superbes colonnes et chapiteaux de marbre viennent soutenir les arcades de la Grande Mosquée de Constantine. Enfin, pour relier la ville au reste de l'Empire par-dessus le gouffre du Rhummel, se dressait le pont d'Antonin, ultime chef-d'œuvre architectural dont l'effondrement en 1857 marqua la fin d'une époque.
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Le Pont Romains selon les Planches de Amable Ravoisié.
Restitution IA.
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. Aux Romains succédèrent les Vandales qui occupèrent la ville en 455. Cependant comme ils s'intéressaient peu aux villes de l'intérieur du pays, ils préférèrent résider à hippone puis Carthage.
. Après les Vandales, vinrent les Byzantins. Sous leur domination, Constantine fut le siège de Dux Numidiae, gouverneur militaire de la province. La ville fut ceinte de remparts et de tours construits avec des matériaux empruntés aux monuments anciens. Une église fut édifiée à l'intérieur du Capitole, entrainant ainsi la destruction des monuments romains.
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