Kar Chara, parfois appelé Kar Charah, était l’ancien quartier juif de Constantine, établi au XVIIIᵉ siècle par le bey Salah sur la partie basse de la ville, en bordure du ravin du Rhumel. Dense et populaire, ce quartier mêlait maisons mauresques presque aveugles, ouvertes sur des patios, et constructions plus récentes situées notamment autour des rues Thiers ou France. Véritable cœur battant de la vie juive constantinoise, Kar Chara abritait synagogues, artisans, brodeurs, bijoutiers, et fêtes religieuses particulièrement animées, constituant un foyer culturel d’une grande vitalité.
À partir des années 1920, un mouvement d’essaimage s’amorça : une partie importante des Juifs quitta la vieille ville pour rejoindre les nouveaux faubourgs en plein développement comme la butte du Koudiat-aty, le quartier Saint-Jean, Bellevue à l’ouest, El Kantara au nord, le faubourg Lamy au nord-est, ainsi que les deux quartiers de Sidi Mabrouk sur le plateau du Mansourah.
Dans les années 1940, Kar Chara demeurait un quartier de petites gens, marqué par la pauvreté, où des familles entières vivaient dans une ou deux pièces. Malgré la précarité, les relations de voisinage avec les Musulmans restaient fréquentes, favorisées par les échanges commerciaux et les solidarités locales.
Après l’indépendance, le départ presque total de la communauté juive entraîna le déclin du quartier.
. La Rue Grand.
Nichée en contrebas de la Casbah, la rue Grand ne conserve aujourd’hui que l’immeuble portant sa plaque, ultime vestige d’un quartier autrefois dense et vivant. La plupart des bâtisses qui l’entouraient sont tombées en ruine au fil du temps, abandonnées faute d’entretien. Pourtant, cette rue fut longtemps l’une des artères principales du vieux quartier juif, qu’on appelait le Charah..
À la fin du XVIIIᵉ siècle, le souverain régnant décida de transformer profondément la ville. Il fit raser le quartier de Sidi El-Kettani, composé de maisons délabrées habitées majoritairement par des familles juives. Sur ses ruines, il fit édifier une mosquée, une medersa et une demeure particulière, réorganisant entièrement l’espace.
C’est dans ce cadre imposé que furent tracées les futures rues Thiers et Grand. Les juifs n’avaient pas le droit de résider ailleurs, tandis que les musulmans n’étaient pas autorisés à s’y installer. Ainsi prit forme un quartier clos, dont le cœur était constitué des rues pavées Vieux et Grand, portant toutes deux des noms à la graphie ancienne et au charme discret. Elles formaient le noyau de la ville juive originelle.
Cette vieille ville juive était un véritable labyrinthe de venelles entremêlées, bordées de maisons mauresques à encorbellements. Les étages en avancée rétrécissaient et assombrissaient encore davantage ces passages déjà étroits, ouvrant parfois sur de petites places telles que la Place des Galettes ou la Place Négrier, dont le nom évoque selon les sources un ancien marché d’esclaves.
Dans cet enchevêtrement serré, la rue Grand apparaissait comme grande uniquement par contraste avec les autres passages, souvent trop étroits pour mériter le nom de rue et dont beaucoup n’avaient même pas de nom.
. La Rue Vieux a été la première rue, l’artère principale avant d’avoir été en partie débaptisée. Cette voie qui traversait tout le quartier, était étroite et sans éclairage dans les années 1900-1910. Les familles juives les plus modestes, vivaient dans de vieilles maisons sans fenêtres donnant sur des cours communes. Ces habitations abritaient une population pauvre, mais structurée par une forte cohésion de voisinage et une histoire partagée.
. La rue de France.

















