Constantine durant la Période Ottomane.


À partir de 1535, suite à la conquête de Tunis par Kheireddine Barberousse, Constantine passe sous contrôle ottoman et devient rattachée à Alger. La ville est administrée successivement par des caïds, walis, puis des Beys nommés par Alger. 

Ces derniers devaient se rendre à Alger tous les trois ans, au printemps, pour remettre personnellement le Dennouche au Pacha. 

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Composition du Dennouche. 
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. Constantine entre 1535 et 1647.

Durant cette période, Constantine fut administrée successivement par des caïds puis des walis, avant que ses gouverneurs n’adoptent le titre de bey à partir de 1563. Le premier à porter ce titre fut Hassan Agha. Sous son gouvernement, des opérations militaires furent menées contre Annaba, tombée aux mains de Charles Quint en juillet 1535.

La seconde moitié du XVIe siècle fut marquée par plusieurs troubles. En 1568, une première révolte éclata contre l’administration et les abus des autorités ottomanes. Une nouvelle insurrection survint en 1572. En 1582, une épidémie de peste frappa durement Constantine, causant de nombreuses victimes.

Vers 1600, la région fut de nouveau plongée dans l’instabilité avec la rébellion du cheikh Sidi Yahia Ibn Slimane El-Aourassi. De nombreuses tribus arabes se joignirent à lui et infligèrent de lourdes pertes aux forces ottomanes. Le cheikh fut finalement tué par trahison. Son fils lui succéda à la tête du mouvement avant de se soumettre aux autorités turques.

En 1602, une nouvelle épidémie de peste éclata dans la ville, suivie de neuf années de sécheresse qui aggravèrent considérablement les difficultés de la population. 

En 1607, le bey Mohamed Ibn Ferhat se distingua en portant secours à Annaba, menacée par les forces chrétiennes. Son successeur, Hassan Bey, mourut de la peste en 1622.

En 1634, une nouvelle épidémie de peste ravagea la population. Trois ans plus tard, en 1637, le cheikh saharien Ahmed Ibn Sekhri souleva la région, mettant une grande partie de la province à feu et à sang. Entre 1644 et 1647, une nouvelle épidémie de peste, accompagnée d’une grave famine, aggravèrent encore la situation. Constantine et sa région traversèrent ainsi une succession de révoltes, d’épidémies, de sécheresses et de famines qui éprouvèrent profondément la population.

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Mode de Transmission de la Peste. 
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. De Ferhat Bey à Kelian Bey (1647-1713).

Cette période, qui s’étend de 1647 à 1713, est marquée par la succession de 17 beys à la tête de la province de Constantine. Le premier fut Ferhat Bey, choisi par la population. Il fut ensuite remplacé par son fils Mohamed. Ferhat Bey mourut le 16 octobre 1664, tandis que Mohamed conserva le pouvoir jusqu’en 1666, puis fut remplacé par son oncle Redjeb Bey, qui administra la province avec sagesse pendant 6 ans.

Son successeur, Kheireddine Bey, fut le dernier bey choisi directement par la population. Le mode de désignation changea ensuite : les beys furent désormais sélectionnés parmi les familles turques influentes de la province.

Le premier bey issu de cette élite turque fut Dali Bey, exécuté sur ordre des autorités d’Alger. Il fut remplacé par son fils Bech Agha Bey, qui gouverna 9 ans, puis par Chaban Bey pendant 4 ans. Vint ensuite Ali Khoudja Bey, dont le règne fut marqué par l’invasion d’une partie de l’Algérie par Mourad Bey de Tunis.

Ali Khoudja Bey affronta les troupes de Mourad Bey près de Sétif, où il trouva la mort au combat. Il fut remplacé par Ahmed, fils de Ferhat Bey, hostile à l’influence turque croissante, et condamné à mort.

Il fut remplacé par Ibrahim El-Euldj, qui prit part à l’expédition militaire contre Tunis aux côtés du pacha d’Alger. 

Deux monuments furent construits durant cette période : la mosquée Rahbat es Souf à Constantine et Dar Aziza à Alger, édifié par Redjeb Bey pour sa femme Aziza, fille du Dey d’Alger.

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Dar Aziza. Alger.
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. Règne de Kelian Bey Bou Kemia (1713 - 1736).

Durant cette période, Constantine retrouva sa stabilité. Son premier soin fut de pacifier le pays. Il eu à combattre pendant son règne le chef arabe Bou Aziz, la princesse Oum Hani, et le Bey de Tunis. C'est sous son règne que fut édifiée la Mosquée Souk El Ghezel de Constantine.

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Mosquée du Bey (Souk el Ghazl). Coté rue de France.
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. Règne de Hassen Bey Ibn Hossein dit Bou Hanek (1736 - 1754). 

Fils de Kelian Bey, Hassen Bey dit Bou Hanek maintint la paix et la tranquillité. Il neutralisa l’ancien Bey de Tunis Hossein Bey et combattu les Ouled Saoula, opposés à la domination turque. Il mourut en 1754 et fut inhumé à la mosquée de Sidi Lakhdar. Deux édifices religieux furent construits sous son règne : les mosquées Sidi Lakhdar et Sidi Abderrahmane el Quaroui.


. Règne de Hossein Bey Azreg Ainou (1754 - 1756). 

Hussein Bey Azreg Aïnou était le gendre du bey Bou Hanek. Turc de naissance, il s’engagea très jeune dans les rangs de l’Odjāk et participa à l’expédition de Tunis aux côtés du bey Bou Kemia.

Durant son règne, il entreprit de réorganiser l’administration de Constantine. Il regroupa les artisans et les commerçants en corporations, placées sous l’autorité d’un amine. Il veilla également à une répartition équitable de l’impôt entre les différentes catégories de la population et exerça une surveillance rigoureuse sur les agents chargés de sa perception. Il participa par ailleurs à la guerre qui opposa la Régence d’Alger à Ali Pacha de Tunis.


. Règne d'Ahmed Bey El Qolli (1756 - 1771).

Il fut Gouverneur de Collo ce qui lui a valu le surnom d'El Qolli. Il participa à l'expédition de Tunis auprès du Bey Azreg Aïnou. Il encouragea l'agriculture et ordonna la construction de la Mosquée à Collo, et de nombreux monuments à Constantine dont une caserne de Janissaires. 

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Mosquée  de Collo.
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C'est sous son règne que fut restauré la mosquée de Sidi Abdelmoumen.

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Mosquée  Sidi Abdelmoumen. Constantine.
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. Règne de Salah Bey (1771 - 1792).

Salah Bey serait né à Smyrne en 1725. À l’âge de 16 ans, il quitta sa ville natale après avoir tué l’un de ses camarades. Engagé comme soldat, il fut envoyé à Constantine, où il se distingua auprès du bey, qui le nomma à la tête des Haraktas et lui donna sa fille en mariage. Il devint ensuite khalifa de son beau-père, avant de lui succéder en 1771 à la tête du Beylik de l’Est algérien.

Sa première expédition fut dirigée contre les Ouled Naïl, qui supportaient difficilement la tutelle turque. Il remporta une victoire décisive sur eux, puis mena une campagne contre les Ouled Amor, au cours de laquelle il se montra particulièrement sévère.

En 1775, Salah Bey participa, avec une importante force de cavalerie (20000 cavaliers), à la défense d’Alger lors de l’attaque menée par le comte O’Reilly. Il réussit également à imposer au pacha de Tunis, Hammouda Pacha, le versement d’une importante indemnité à la Régence d’Alger. Il ramena aussi à l’obéissance le gouverneur de Touggourt, qui ne versait jusque-là qu’un faible tribut au gouvernement ottoman.

Dans les Zibans, il rétablit l’ordre entre les tribus des Ouled Akkaz et des Bengana, qui s’affrontaient régulièrement. Il fit également recenser les oasis et organisa la répartition de l’eau en fonction du nombre de palmiers et d’arbres fruitiers. Très attaché au développement agricole, il encouragea notamment la culture du riz et fit construire des moulins à proximité des chutes d’eau.

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Mosquée Sidi El Kettani en Cours de Restauration (2023).
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Salah Bey réorganisa également le commerce dans les principaux ports du Beylik. Il établit à Collo, Stora, Annaba et la Calle des oukils, chargés de percevoir les droits d’entrée et de sortie des marchandises.

À Constantine, il entreprit d’importants travaux d’aménagement. Il fit construire la mosquée de Sidi El Kettani ainsi que deux médersas, celles de Sidi El Kettani et de Sidi Lakhdar. Il aménagea également un nouveau quartier destiné à la communauté juive et fit restaurer le pont d’El Kantara.

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Pont Bab el Kantara.1856. John Beasley Greene.
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Après plusieurs conflits avec des hommes de religion et avec les autorités de la Régence d’Alger, Salah Bey fut finalement arrêté puis exécuté sur ordre du dey d’Alger en 1792.


. Constantine, de la mort de Salah Bey à l'avènement d'Ahmed Bey (1792 - 1826).

Au cours de cette période, 18 beys se succédèrent à la tête du Beylik de l’Est algérien. Le premier fut Hossein Bey, fils de Bey Bou Hanek. Il acheva la restauration du pont d’El Kantara et fit construire un Dar el-Houkouma, aujourd’hui disparu. Exécuté en 1795 sur ordre du Dey d’Alger, il fut inhumé dans la mosquée Sidi Lakhdar, auprès de son père.

Il fut remplacé par Mustapha el Ouznadji, ancien Bey de Médéa durant vingt ans, qui fut exécuté sur ordre d’Alger pour avoir refusé de livrer du blé à la France. Hadj Mustapha Ingliz Bey lui succéda, mais fut destitué en raison de la conduite de son fils.

En 1803, Osman Bey, fils de Mohamed el Kebir, Bey d’Oran, prit à son tour la tête du Beylik. Il mourut après seulement dix-huit mois de règne, au cours d’une expédition contre un marabout originaire du Maroc. Son successeur, Abdallah Bey, connut un règne marqué par les tensions entre Alger et Tunis. Il fut finalement exécuté, avec son épouse, après avoir protesté contre la cession de La Calle aux Anglais.

Hosseïn Bey, fils de Salah Bey, prit le pouvoir. Son règne fut marqué par le siège de Constantine par les Tunisiens, qui dura près de trente jours. À la suite de la défaite des Algériens lors de leur expédition en Tunisie, Hosseïn Bey fut mis à mort.

Ali Bey lui succéda, mais ne régna qu’un an avant d’être tué lors d’une révolte fomentée par Ahmed Chaouch. Il fut remplacé par Ahmed Tobbal, fils du Dey d’Alger, puis Ahmed Pacha, qui fut à son tour exécuté pour avoir livré trois chargements de blé au négociant juif Bacri.

Na'man Bey gouverna ensuite pendant trois ans avant de périr à M'sila. Il fut suivi de Mohamed Tchakeur Bey, qui régna trois ans avant d’être exécuté. Kara Mustapha, ancien caïd de M'sila, lui succéda pendant un mois, puis Ahmed el-Mamlouk, qui ne conserva le pouvoir que sept mois avant d’être exilé à Mazouna.

M'hamed Bey el-Mili régna ensuite durant trois ans. Réputé pour sa grande brutalité, il aurait remplacé le yatagan par la pioche (chettabia) lors des exécutions, ce qui lui valut le surnom de Bou Chettabi. Il fut remplacé par Braham el-Bey Gherbi, qui gouverna pendant un an.

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Le Yatagan.
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Ahmed Bey el-Mamlouk reprit ensuite le pouvoir de 1820 à 1822, avant d’être de nouveau interné à Mazouna. Brahim Bey el-Gritli lui succéda pour deux ans. Après une expédition victorieuse contre les Nememchas, il subit une lourde défaite face aux Ouled Si Ali Tehamamet, ce qui entraîna sa destitution et son emprisonnement.


. El Hadj Ahmed Bey, dernier bey de Constantine.

El Hadj Ahmed Bey fut le dernier gouverneur ottoman de Constantine. Il administra sa province avec fermeté et équité et parvint également à neutraliser le parti turc qui s’opposait à son autorité.

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Hadj Ahmed Bey. Photo réalisée par IA.
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En 1830, il participa, à la tête de ses troupes, à la lutte contre les Français. À son retour à Constantine, il consacra tous ses efforts à la défense de la ville, notamment en renforçant et en surélevant les remparts et en les réarmant avec des pièces d’artillerie. Il créa également un nouveau corps de zouaves, soumis à des exercices et à des manœuvres régulières.

Par la suite, Ahmed Bey fut nommé pacha et fit frapper monnaie à son nom. En 1831, un hôtel des monnaies fut construit à proximité de son palais.

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Galeries du Palais Ahmed Bey.
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Son adversaire, Brahim Bey, profita de la situation pour s’emparer d’Annaba par surprise. Ahmed Bey reprit la ville en 1832, mais ne parvint pas à reconquérir la Casbah, qui était occupée par les Français et les Turcs.

La même année, Ferhat Ibn Saïd se révolta dans le Sahara, mais fut vaincu. Le cheikh El Arab Bengana prit ensuite la tête d’une révolte, avant de faire sa soumission neuf mois plus tard.

En 1834, Ahmed Bey marcha sur M’sila aux côtés d’Ahmed Bou Mezrag, fils de l’ancien bey de Médéa. Ils se dirigèrent ensuite vers le Titteri, où Ahmed Bou Mezrag parvint à reprendre son ancien poste.

En 1835, les Français attaquèrent Constantine, mais furent mis en déroute. Deux ans plus tard, en 1837, la ville finit par se rendre après avoir opposé une résistance héroïque aux troupes françaises.


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