Balade dans les Rues et Ruelles de Constantine.

 

Arbaïne Cherif (ou Rabaïne Cherif) est un quartier historique de la vieille ville de Constantine, connu notamment pour avoir abrité le cheikh Ben Badis et la Médersa inaugurée en 1909. Malgré la présence de nombreuses demeures datant de l’époque ottomane, le quartier souffre aujourd’hui d’une forte dégradation, comme une grande partie de la médina, même si plusieurs projets de réhabilitation sont en cours. 

L’origine de son nom demeure discutée : selon une première version, il viendrait de familles originaires du Maroc, supposément liées à la dynastie almohade, le terme Cherif signifiant « saint, noble, vertueux » en arabe. Une autre explication suggère que l’appellation rendrait hommage à la résistance des habitants lors de la prise de Constantine par les troupes françaises en 1837.

Demeures Datant de l’Epoque Ottomane


Mosquée Rabaïne Cherif en Restauration (2023).


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. Le Djamaa Sidi El-Kettani, située sur la place Souk El Asser à Constantine, fut construite en 1776 par Salah Bey, gouverneur reconnu pour ses projets d’aménagement urbain. À cette époque, le quartier était peu habité et composé surtout de terrains vagues. Salah Bey entreprit de transformer cette zone en y édifiant la mosquée, la Medersa et des habitations, contribuant ainsi à l’expansion de la ville.

La mosquée se caractérise par une architecture remarquable : une grande porte donnant sur un escalier en marbre, une cour entourée de galeries, un minaret, ainsi qu’une salle de prière richement décorée. On y trouve un mihrab orné, des colonnes en marbre, des coupoles, des faïences décoratives, des tapis précieux et de grands lustres en cristal. Le minbar, réalisé avec différents types de marbre, constitue l’un des éléments les plus admirables.

Minaret de la Mosquée Sidi El Kettani 


La Medersa de Sidi El-Kettani, fondée en 1775, était un centre d’enseignement religieux où l’on enseignait les sciences islamiques. Malgré son déclin après certaines réformes, elle a continué à accueillir des étudiants après la colonisation.

Cette zaouïa figure parmi les plus anciennes de Constantine et a formé plusieurs personnalités importantes, notamment le président Houari Boumediene, ce qui souligne son rôle historique et éducatif majeur.

Mosquée Sidi El Kettani en Cours de Restauration (2023), et Souk el Asser


Mosquée Sidi El Kettani. 1905.


Anciennes Maisons Mauresques de la Rue Bouhali Laid : Juste Après Souk el Asse et Mosquée Sidi el Kettani. 


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. Le Quartier Rsif est réputé à Constantine pour son commerce de l’or. Ce métier a été transmis par les anciens juifs de la ville, reconnus notamment pour leur maîtrise de la fatla (الفتلة). Parmi les familles constantinoises les plus anciennes spécialisées dans la bijouterie traditionnelle figure la famille Mnii (منيعي), dont la première boutique fut ouverte en 1934. Cette ouverture aurait été encouragée par Abdelhamid Ben Badis afin de préserver le savoir-faire et le patrimoine constantinois.


فتلة الذهب


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Architecture Traditionnelle.


Au Menu.


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. La Djouzia, une Douceur de Constantine.

La Djouzia, l’une des plus anciennes spécialités de Constantine, tire son nom du mot Djouz, signifiant « noix ». Ce nougat tendre au miel pur, enrichi de noix concassées, demeure un véritable héritage gustatif dont la saveur ancestrale n’a jamais été altérée. 

Fruit d’un savoir-faire constantinois, longtemps présent sur les tables des beys et autrefois appelé Madinat el Hawa, il allie sucre roux, blancs d’œufs et les meilleurs cerneaux du marché. Préparée selon des méthodes traditionnelles : cuisson au bain-marie sur charbon, Nahassa en cuivre et Lawleb en bois, la Djouzia reste une douceur raffinée et précieuse, emblématique du vieux rocher, même si ses techniques anciennes s’effacent peu à peu au profit d’outils modernes.


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. Comme pour Rome, tous les chemins mènent à la Brèche.

Lieu mythique et cœur battant de Constantine, la place de la Brèche est depuis toujours un espace de rencontres et de convergence pour toutes les couches de la société, servant de point de départ aux visiteurs avides de découvertes pédestres à travers la ville. Née symboliquement le 13 octobre 1837, lorsque l’armée française pénétra dans la cité par une brèche ouverte dans les remparts, elle fut officiellement aménagée à partir de 1844 avec l’urbanisation de la partie européenne, reléguant la population musulmane en contrebas, près de Bab El Oued


Rebaptisée plus tard « Place Duc de Nemours », elle connut une évolution rapide grâce à l’ouverture de grandes artères et à la construction d’édifices majeurs tels que le théâtre, le marché couvert, la Grande Poste, le Palais de justice et plusieurs banques

Théâtre de grands rassemblements, notamment lors du centenaire de la prise de Constantine en 1937 ou des funérailles de l’imam Benbadis en 1940, la place fut aussi marquée par les événements tragiques de la lutte anticoloniale à partir de 1955, inscrivant ainsi son histoire au cœur même de celle de la ville.


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Le Théâtre de Constantine.

La construction de ce théâtre, commencée en 1861, s’est achevée par son inauguration le 6 octobre 1883. L’édifice est signé par les architectes Jean Gion (1838-1898) et Jean Monnier, tandis que les sculptures ornementales sont attribuées à Gustave Germain (1843-1909).

Construit en pierre appareillée, le bâtiment présente des façades qui comptent parmi les plus beaux exemples de l’architecture classique du XIXᵉ siècle. Le soubassement de la façade principale est réalisé en pierres brutes bouchardées. Plus haut, le hall est revêtu d’un placage de pierres claires avec des joints creux horizontaux ; quant à l’étage, il adopte une composition d’inspiration antique : piliers en saillie, fenêtres surmontées de frontons, balustres formant balcons, acrotères et sculptures allégoriques nichées de part et d’autre des ouvertures.

La salle de spectacles, avec ses peintures, ses décors sculptés et ses motifs raffinés, reflète fidèlement l’esthétique du théâtre à l’italienne. L’imposant escalier d’honneur en marbre, véritable œuvre d’art, renforce encore la noblesse des lieux. Enfin, la cage de scène demeure une pièce unique, conçue selon les techniques traditionnelles des premiers théâtres du monde, ce qui en fait un véritable trésor patrimonial.


La Poste de Constantine.



. Les Petits Commerçants de la Place de la Brèche. 

. L’Azérole, connue sous le nom d’az-zaârour (الزعرور), est un fruit méditerranéen encore méconnu, issu de l’azérolier (Crataegus azarolus), un arbre rustique et épineux de la famille des Rosacées pouvant atteindre 6 à 10 mètres

Très répandu sur le pourtour méditerranéen, il supporte mal les froids intenses et offre des fruits jaunes ou orangés renfermant trois pépins. Riche en nutriments, l’azérole apporte une quantité importante de vitamine A, bénéfique pour la peau et la vision, ainsi que de vitamine C, essentielle au système immunitaire. Grâce à sa teneur en flavonoïdes, elle possède également de puissantes propriétés antioxydantes



. L’arbousier de Skikda, appelé اللنج ou parfois arbre à fraises, est une plante à fleurs appartenant à la famille des Éricacées. Il s’agit d’un arbuste ou d’un petit arbre qui pousse sur l’ensemble du littoral méditerranéen occidental ainsi que dans le nord du bassin oriental. Son fruit est connu sous le nom d’arbouse.

Chaque année, la commune de Khenag Mayoune organise la fête de l’arbouse, appelée localement El Lenj. Cette manifestation a pour principal objectif de sensibiliser les habitants des zones montagneuses aux dangers du déboisement, afin de préserver cette ressource naturelle précieuse.


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. À Constantine, l’actuelle rue Didouche Mourad a connu plusieurs identités. D’abord rue de France, elle reliait dès 1887 la cathédrale au boulevard de Belgique et constituait l’axe principal du quartier juif, animé par ses commerces et ses fêtes. 

Vers 1948, elle devint rue du Sergent Paul Atlan, en hommage à ce professeur de philosophie constantinois engagé dans les Commandos d’Afrique, mort au combat près de Toulon en août 1944

Aujourd’hui entièrement piétonne et pavée sur 600 mètres, Didouche Mourad conserve son cachet commercial et demeure l’une des artères les plus vivantes de la ville, reliant toujours la place du 1er Novembre au boulevard de Belgique.


Ancienne Enseigne Publicitaire au Niveau de l'Ancienne Rue de France.



. La distillation de l’eau de fleur, arrivée jadis d’Andalousie comme un parfum voyageur, s’est enracinée à Constantine où les femmes, gardiennes du secret, l’ont transformée en art. Chaque printemps, lorsque les jardins de Hamma Bouziane se couvrent de roses et de fleurs d’oranger, la ville s’éveille au doux rituel du Teqtar

Dans le patio lumineux des maisons anciennes, les femmes se rassemblent autour de l’alambic de cuivre façonné par les maîtres dinandiers, et la magie commence. La Tndjra chauffe lentement, la vapeur s’élève comme une prière parfumée, traverse les pétales, se charge d’essence, puis retombe en gouttes claires (l’assel-qettar) première eau précieuse, presque sacrée, recueillie dans la Mghalfa tressée de rotin. Ainsi naissent, avec patience et grâce, l’eau de rose distillée chaque année, et l’eau de fleur d’oranger, célébrée une année sur deux, chacune portant l’âme du printemps constantinois. Ces eaux ne sont pas que parfums : elles habitent la cuisine citadine, donnent vie aux baqlawa, samsa, t’charek, ch’rik et au m’halbi qui embaume les veillées ; elles glissent dans le café, bénissent les cérémonies, et parfument encore les maisons comme autrefois. 

Dans chaque fiole repose un fragment d’histoire, un souffle de fleurs, et la mémoire vive de ces femmes dont les gestes, transmis de génération en génération, maintiennent vivant un héritage aussi subtil que le parfum qu’il produit.

Dans un Magasin de Distillation.

La Rue Assalah Hocine Perpendiculaire à la Rue Didouche Mourad. 


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. La Mosquée Souk El Ghazl, aussi appelée Mosquée du Bey ou Mosquée Hassan Bey, est l’un des monuments historiques majeurs de Constantine. Construite au XVIIIᵉ siècle, sous la période ottomane, elle est attribuée au Bey Hussein Boukemia, gouverneur du beylik de Constantine entre 1713 et 1736. Son nom provient de sa proximité avec le marché de la laine filée (Souk El Ghazl).

Mosquée du Bey (Couk el Ghazl). Coté Palais du Bey.


Minaret de la Mosquée.


Située à l’est du palais Ahmed Bey, la mosquée faisait partie des quatre mosquées les plus importantes de la ville. Son architecture se distingue par son vaste gabarit, une façade orientale d’environ 30 m et un minaret sobre. À l’origine, son plan était rectangulaire, composé de quatre nefs, avec un riche décor intérieur mêlant céramique polychrome, stuc géométrique et floral, ainsi qu’un mihrab finement orné de colonnettes en marbre noir et blanc.

Après la prise de Constantine, la mosquée est transformée en église catholique dès 1839, puis devient cathédrale en 1876 sous le nom de "Notre-Dame-des-Sept-Douleurs". Cette transformation se fait en deux étapes : la conversion au culte chrétien, puis des modifications architecturales, notamment l’ajout d’une cinquième nef afin d’adapter le plan à celui d’une basilique chrétienne. La cour de la mosquée disparaît totalement lors de ces transformations.

Malgré une menace de destruction en 1852, l’édifice est finalement conservé. Son histoire reflète ainsi les profondes mutations religieuses, politiques et architecturales qu’a connues Constantine durant la période coloniale.

Mosquée du Bey (Couk el Ghazl). Coté rue de France.


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. La Place de la Pyramide, actuelle place Colonel Amirouche doit son nom à un premier monument en forme pyramidale érigé en 1842


Elle commémore l'endroit où fut tué le 12 octobre 1837, soit la veille de la prise de la ville, le Général Damremont par un boulet, en inspectant les batteries des canons. 

Place de la Pyramide et Caserne de Gendarmerie.


En Face : Mosquée el Istiklal ex Eglise du Sacré-Cœur, lieu de culte catholique (1925-1964) construit par la Société Africaine de Travaux dans un style oriental. 

Eglise du Sacré-Cœur


Le Clocher faisant actuellement office de Minaret.
 
Mosquée el Istiklal


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. La rue Abane Ramdane ex rue Rohault de Fleury (porte ce nom depuis le 22 décembre 1865), fut édifiée en 1873. Elle relie la place du Colonel Amirouche ex place de la Pyramide à la Place des Martyrs

Cette rue a sens unique et à double voies est délimitée sur ces deux côtés par une série d'immeubles à usage mixte (habitat et commerce). Le coté impair de la rue est composé de dizaines d'arcades s'étendant sur tout le long de la voie sur lesquelles s'appuient des immeubles de type haussmannien. 


Vue sur l'Hotel Cirta à partir de la rue Abane Ramdane.


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. Figure marquante de la lutte pour l’indépendance, le chahid Aouati Mostefa, qui demanda la veille de son exécution à voir la guillotine en déclarant avec défi : « Je veux voir cette machine qui coupe en deux ce que Dieu a créé d’une seule pièce », a laissé une empreinte profonde dans la mémoire collective des Constantinois. 


En hommage à son sacrifice, l’une des principales artères de la ville porte aujourd’hui son nom : le boulevard Aouati Mostafa, anciennement Anatole France, communément appelé Trik Sétif. Située dans le prolongement de la RN 5 reliant Constantine à Alger, cette voie stratégique s’étend sur près de 1,5 kilomètre et constitue un axe majeur de circulation.

Aouati Mostefa fut accusé d’avoir participé aux attentats qui ont secoué Constantine entre le 30 avril et le 30 novembre 1955, notamment aux glorieuses attaques du Nord-Constantinois du 20 août 1955, événements décisifs dans le combat contre le colonialisme, qui scellèrent son destin de martyr et consacrèrent son nom dans l’histoire de la ville. 


Vue à Partir du Boulevard Aouati Mostafa.



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. Réalisée à partir de 1865, la rue aujourd’hui connue sous le nom de Larbi Ben M’hidi, anciennement rue Nationale puis rue Georges Clemenceau, est considérée comme l’une des artères principales et emblématiques de la ville de Constantine

Medersa de Constantine. Rue Larbi Ben Mhidi.


Tracée au cœur de la ville arabe, cette rue a nécessité la démolition de plusieurs habitations, entraînant une nouvelle organisation urbaine marquée par la séparation de la Souiqa, du futur quartier juif avec la construction d’une synagogue et du consistoire, ainsi que l’ouverture de la rue Thiers

Habitations. Rue Larbi Ben Mhidi.


Connue des anciens Constantinois sous l’appellation « Trik Djedida », elle reliait la Brèche et le centre-ville au quartier de la gare, d’abord par le pont El Kantara, puis par la passerelle Perrégaux inaugurée en 1925

L'ancien hotel de PARIS fait l'angle de la rue Didouche Mourad ex rue Caraman (rue de France) et la rue Larbi Ben Mhidi ex George Clemenceau. Ce bâtiment abrite dans son sous-sol à 18 mètres de profondeur une importante grotte et un lac sous-terrain découvert en 1907 



. La Grande Mosquée de Constantine, appelée Djamâa El Kebir fut construite vers 1135 par les Hammadides sous le règne de Yahya ibn Abd al-Aziz et restaurée en 1766 par le bey de Constantine

Édifiée sur les ruines d’un ancien temple romain, elle intègre des éléments antiques, notamment des colonnes corinthiennes réemployées dans la salle de prière. Son mihrab, richement décoré, présente des influences fatimides tout en conservant des caractéristiques hammadides uniques. Les transformations urbaines de l’époque coloniale au XIXᵉ siècle ont modifié son plan, entraînant le désaxement de la nef du mihrab, ainsi que la construction de la façade et du minaret actuels.


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Vue sur la Rue Aouinet el Foul à partir du Musée Cirta (Coudia Atti).


Rue de Roumanie à Partir du Pont Sidi Rached.


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