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 En observant depuis la passerelle vers l’ouest, on distingue encore les vestiges d’un ancien pont romain, témoin des multiples civilisations ayant marqué Constantine. Sur la rive droite, des escaliers descendaient autrefois vers le hammam de Salah Bey, alimenté par une source thermale aujourd’hui disparue, où le célèbre bey aimait se détendre.



Les fresques de Dar Ahmed

Plus de 2000 mètres carrés de murs de palais ont été décorés de peintures a faite à base de pigments naturels représentant les voyages d'Ahmed Bey à Alger, Alexandrie, Tunis, Tripoli, Istanbul, Candie, La Canée au Caire, et au Hejaz (La Mecque & Médine) en 1818 et 1819, ainsi que d'autres voyages avant et après son règne en tant que Bey de Constantine[9]. Les peintures de La Canée, Candie et Le Caire constituent les ensembles les mieux conservés.

De plus, ces murs renferment 44 étendards et drapeaux, 3 mosquées, 78 espèces d'arbres, 36 voiliers, 66 frégates, de nombreuses maisons et différents types de bâtisses, simples ou surmontées de dômes, 69 minarets, 55 coupoles, 134 palmiers, de nombreuses inscriptions (seules 23 sont lisibles), 4 espèces d'oiseaux, 7 moulins à eau et à vent ainsi que 4 palais.

Une légende raconte que le Bey, trouvant le blanc des murs de son palais trop monotone, exigea de son intendant qu’il les peigne. Aucun Constantinois n’étant qualifié pour une telle tâche, l’intendant se rappela qu’un prisonnier italien croupissait depuis deux ans dans les geôles de la ville. Il le fit alors libérer afin qu’il réalise les fresques. « Mais Votre Seigneurie se trompe, je n'ai jamais peint ni dessiné de ma vie ; je suis cordonnier de mon état et je n'ai jamais manié d'autre instrument que l'alêne et le tranchet », répondit le prisonnier. « Tu vas te mettre à peindre, répondit l'intendant. Demain matin, je reviendrai voir ton ouvrage, et si je ne suis pas content, je te ferai administrer vingt-cinq coups de fouet. Si au contraire tu exécutes mes ordres, je te promets la liberté ». Perplexe et hésitant, l’Italien finit par s’incliner. Contraint de s’improviser artiste, il se met à dessiner avec maladresse, traçant des canons, des boulets et des navires aux grandes voiles, comme le ferait un enfant. Une fois son travail achevé, il reçoit, à sa grande surprise, les éloges de l’intendant pour son œuvre et retrouve sa liberté. Toutefois, ce récit folklorique est peu vraisemblable, car dès le XVIIIe siècle, des employés européens, chargés de la reconstruction de la ville, étaient déjà sollicités pour peindre les appartements du khalifa.

Victor Barrucand témoigne que : « Il y eut autrefois une tradition barbaresque de peinture à la gouache qui a laissé des images précieuses et stylisées de l’ancienne ville. Quelques-unes étaient datées et signées. La meilleure époque de cette peinture indigène est le commencement du XIXe siècle, qui fut une période de prospérité pour la Régence ». Il ajoute également qu'un certain Hadj Youssef figure parmi les peintres sélectionnés pour cette tâche, tandis qu'une restauration des peintures est entreprise autour de 1860.

Laurent-Charles Féraud décrit la technique employée : « Quelques barbes de plumes liées au bout d’un roseau leur servaient de pinceau, et une demi-douzaine de tasses à café posées sur un réchaud (fourneau en terre) contenaient, sans cesse à l’état liquide, les couleurs à la colle dont ils avaient besoin ».

Ces peintures se distinguent par leur représentation originale du pèlerinage de Constantine à La Mecque, une véritable fresque méditerranéenne retraçant les étapes du voyage : Alger, Tunis, La Goulette, Tripoli, Alexandrie, Le Caire, Candie, Rhodes, Djedda et Médine. Déroulée comme un parchemin, cette œuvre évoque le périple spirituel effectué par Hadj Ahmed vers les lieux saints de l’islam. D'une richesse picturale remarquable, elle présente, sur un fond rouge, des habitations chaulées de blanc et bleu, des palmiers aux teintes jaune sablonneux et vert en approchant du Hedjaz, ainsi que des navires à voiles naviguant sur une Méditerranée profonde d'un bleu marine, tandis que seuls de petits felouques osent s'aventurer sur la mer Rouge. Des détails tels que des sabres, des canons, des arbres feuillus et des palmiers apparaissent au fil des climats traversés, le tout accompagné de légendes explicatives[8].

On distingue également "El-Djazaïr el-Mahroussa", Alger la bien gardée. La fresque représente la ville sous forme d'un plan triangulaire avec son port, à l'extrémité duquel se trouve le "Bordj el-Fenar", ainsi que sa casbah identifiée par une inscription, le tombeau de Sidi Abderrahmane et le Bordj Moulay Hassan. Tous ces monuments sont surmontés du drapeau rouge d'Alger. Sous cette scène, des navires et des canons échangent des tirs, les batteries des remparts de la ville ripostant avec vigueur. Cette représentation pourrait évoquer l'armada de Charles Quint, vaincue en 1541, ce qui valut à la ville son surnom de "bien gardée", ou peut-être le blocus imposé par la flotte française de 1827 jusqu'à la prise de la ville en 1830, à laquelle Hadj Ahmed assista en tant que témoin et combattant. La fresque présente un intérêt historique notable, car elle constitue l'une des rares représentations connues réalisées par des Algériens sur leur propre histoire.

La scène représentant Candie est encadrée dans un panneau rectangulaire, délimité dans sa partie supérieure par des tentures décoratives. Cette peinture, couvrant une surface de 26 m², a été réalisée à la colle sur un enduit de chaux sablé et badigeonné.

L’architecture navale se dévoile également dans la peinture à travers la représentation de divers bateaux et navires.

Le bateau (a) semble être un navire marchand néerlandais à trois mâts apparu à la fin du XVIe siècle. Le second, un Chebek (b), était un petit voilier méditerranéen utilisé pour le commerce ou la guerre. Enfin, le navire (c) est un galion, un grand voilier armé escortant les échanges coloniaux entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Les fresques de Dard Ahmed


Exécutées durant la construction de la demeure, entre 1826 et 1835, les fresques du Palais du Bey couvrent près de 2000 m² de surface, elles ont sans doute l’attraction majeure de ce lieu, par leur caractère exceptionnel en Algérie et en Afrique du Nord.


Légende


La légende veut que le Bey, trouvant le blanc des murs de son palais trop monotone, exige de son intendant qu’il les peigne. Aucun Constantinois n’étant compétant, l’intendant se rappela qu’un prisonnier italien croupissait depuis deux ans dans les geôles de la ville, il le fait alors libérer afin qu’il réalise les fresques : « Mais, Votre Seigneurie se trompe, je n'ai jamais peint, ni dessiné de ma vie ; je suis cordonnier de mon état et je n'ai jamais manié d'autre instrument, que l'alêne et le tranchet » répondit le prisonnier.


« Tu vas te mettre à peindre, répondit l'intendant. Demain matin, je reviendrai voir ton ouvrage, et si je ne suis pas content, je te ferai administrer vingt-cinq coups de fouet. Si au contraire tu exécutes mes ordres, je te promets la liberté ».


Désemparé et ne sachant trop quoi faire, l’Italien s’incline. C’est ainsi qu’il s’improvise artiste et se met à dessiner comme un enfant, esquissant des canons, des boulets et des bateaux aux larges voiles… Ayant terminé sa besogne, il reçoit à sa grande surprise les félicitations de l’intendant pour son œuvre et recouvre la liberté.


Le Bey ajoute « Je savais bien, moi, que tous les Français étaient peintres !»


Réalité et antécédents


Cette histoire n’est qu’une légende puisque déjà au XVIIIe siècle, des employés européens chargés de reconstruire le pont unique de la cité, sont appelés à peindre les appartements du khalifa de la ville.


Victor Barrucand témoigne que : « Il y eut autrefois une tradition barbaresque de peinture à la gouache qui a laissé des images précieuses et stylisées de l’ancienne ville. Quelques-unes étaient datées et signées. La meilleure époque de cette peinture indigène est le commencement du XIXe siècle, qui fut une période de prospérité pour la Régence ». C’est à cette époque que sont réalisées les polychromies du Palais de Dard Ahmed. Victor Barrucand[1] signale un certain Hadj Youssef qui apprit cet art en Égypte, chargé de le décorer. À l’époque coloniale, une restauration des peintures est entreprise vers 1860 parmi les peintres retenus, on cite Hadj Youssef.


Laurent-Charles Féraud décrit la technique employée : « Quelques barbes de plumes liées au bout d’un roseau leur servaient de pinceau, et une demi-douzaine de tasses à café posées sur un réchaud (fourneau en terre) contenaient, sans cesse à l’état liquide, les couleurs à la colle dont ils avaient besoin ».


Illustrations des fresques


Horace Vernet décrit le palais comme disposant d’« une délicieuse décoration d’opéra, tout de marbre blanc et de peintures de couleurs les plus vives, d’un goût charmant ». Cette décoration transparaît des pans de rideaux peints entre les arcades. Ils laissent entrevoir les jardins ou les fresques comme si une scène se découvrait au regard des visiteurs. Plus rarement, on trouve des représentations animalières comme une chèvre ou deux lions dont les contours enserrent des inscriptions calligraphiées.


Pour Théophile Gautier, ces lions « représentent quelque chef-d’œuvre d’écriture, dans lequel les noms des quatre apôtres musulmans, entrelacés […] forment une figure de lion », symbole de force.


La véritable originalité de ces peintures est dans la représentation, le pèlerinage de Constantine à La Mecque, véritable fresque méditerranéenne passant par Alger, Tunis, la Goulette, Tripoli, Alexandrie, Le Caire, Candie, Rhodes, Djedda et Médine. Cette fresque se déroule comme un parchemin, rappelant ainsi le pèlerinage que Hadj Ahmed fit sur les lieux saints de l’islam. D’une grande richesse picturale, cette œuvre reproduit sur un fond rouge, des habitations chaulées de blanc et bleu, puis des palmiers en jaune sablonneux et vert lorsqu’on s’approche de la région du Hedjaz, des navires à voiles parcourant la Méditerranée aux eaux profondes d’un bleu marine alors que seuls de petits felouks s’engagent dans la mer Rouge. On aperçoit, de temps en temps des sabres, des canons, des arbres feuillus, des palmiers, selon les climats parcourus, le tout étant accompagné de légendes.


On reconnaît également : « El-Djazaïr el-mahroussa », Alger la bien gardée ; le plan triangulaire de la ville blanche avec son port à l’extrémité duquel se situe le « bordj el-fenar », sa citadelle surmontée par une inscription « Qasba », le tombeau de Sidi Abderrahmane et enfin le bordj Moulay Hassan, tous les monuments étant surmontés du drapeau rouge d’Alger. Sous la fresque, des navires et des canons tirent des boulets sur la ville alors que les batteries situées sur les remparts de celle-ci ripostent avec force. Serait-ce l’armada de Charles-Quint, vaincue en 1541 et dont la cité tire sa gloire et le surnom de « bien gardée », ou serait-ce la flotte française qui fit un blocus de la ville de 1827 jusqu’à sa prise en 1830, ce dont le Bey fut le témoin oculaire puisqu’il participa aux combats ?

La fresque garde un caractère historique aussi rare qu’il est méconnu et précieux, puisqu’elle reste la seule représentation connue faite par des Algériens sur leur propre histoire, à l’époque même de la prise d’Alger.

La polychromie d’un périple nommé Orient


Les murs, ornés d’une polychromie de motifs géométriques et de calligraphies, couvrent près de 2000 m² de surface. Œuvre maîtresse du palais, cette peinture aux couleurs solaires relate le périple de quinze mois qu’entreprend Ahmed bey pour effectuer son pèlerinage. Le visiteur peut admirer les différentes villes visitées de Tunis à la Médine tout en passant par Tripoli, Alexandrie, Le Caire, Istanbul, ou encore l’île Kandia. La polychromie, tel un livre ouvert, permet également une lecture biographique de la vie du Bey et témoigne notamment des batailles livrées aux côtés du dey d’Alger. Cette sublime fresque dévoile entre autres : quarante-quatre drapeaux étendards, trois mosquées, soixante-neuf minarets, cinquante-cinq coupoles, trente-six voiliers, soixante-six frégates, de nombreuses maisons, sept moulins à eau et à vent et quatre palais, soixante-dix huit espèces d’arbres et dont cent trente-quatre palmiers, quatre espèces d’oiseaux, sept moulins à eau et à vent et quatre palais.  


Pour les historiens, la polychromie du palais représente un document historique rare qui fournit de nouveaux éléments de réponse sur l’empire ottoman et la régence d’Alger. 


A quelques encablures avant la Médersa, inaugurée en 1909, aux murs blancs immaculés, avec son dôme et sa belle architecture, se dressent les ruines des maisons de la rue des tanneurs (Dar Debagh), où l’on faisait le traitement et la teinture du cuir. Juste à quelques mètres, on reconnaît l’ancienne fabrique de tabac de Bentchicou. C’est le quartier d’Echatt, situé sur la falaise, où se trouvait également le lieu appelé El Marma, par lequel on jetait les ordures ménagères dans le Rhumel, bien avant l’occupation de la ville par l’armée française.

On peut voir aussi au n°100 de la rue Larbi Ben M’hidi (ex- Georges Clemenceau), le fameux immeuble blanc à six étages. Une bâtisse qui abritait le siège de la Dépêche de Constantine devenu après l’indépendance celui du journal francophone Annasr, arabisé en 1972. Avant d’arriver au pont d’El Kantara, on remarque à droite l’un des derniers boulodromes de la ville, où des passionnés venaient s’adonner à un jeu qui faisait la fierté de la ville. 


Trois arcs de triomphe avaient été dressés. L’un au pont El Kantara par les cheminots, un autre en haut de la rue Nationale et le dernier dans l’avenue Lamoricière.



Sauf que ce dernier, bien aménagé, beaucoup mieux entretenu, et surtout plus robuste, est traversé par le tramway. Celui de Constantine, plus fragile, en raison des problèmes des glissements, a été interdit depuis des années aux bus. En quittant la voûte de Bab El Kantara, le Rhumel creuse son lit sous un arc naturel, pour descendre vers la vallée de Hamma Bouziane, en passant sous le pont des Chutes, menant vers la piscine de la localité de Sidi M’cid. Construit en 1928, il sera centenaire dans trois ans. 
https://elwatan.dz/quartier-de-la-casbah-a-constantine-un-lieu-charge-dhistoire-et-de-memoire/

Abou Obeid El Bekri, un voyageur qui a visité la ville, affirme que «Constantine est d'accès si difficile qu'aucune forteresse ne saurait lui être comparée».
Selon El Idrissi, le célèbre géographe arabe, la ville est l'une des plus fortes places du monde. Certains historiens ont manifesté leur étonnement en proclamant qu'il est difficile d'échapper à un sentiment de stupéfaction mêlé de respect et presque d'effroi, lorsqu'on se retrouve, pour la première fois, en face de cette ville étrange, ce nid d'aigle, cette ville fantastique… 

Forteresse des gouverneurs turcs 

En quittant le boulevard de l’ex-Yougoslavie et en prenant juste le virage à droite, on se retrouve après quelques pas dans le quartier de la Casbah. Faisant partie du patrimoine sauvegardé de la vieille médina de Constantine par décret paru en 2005, ce lieu n’est plus cette caserne qui continue de défier le temps sur la rue Abdellah Bouhroum, (ex-rue Damrémont). L’histoire retient peu de détails sur ce qu’a été la Casbah, forteresse des gouverneurs turcs, et encore moins sur les constructions qu’elle abritait avant la conquête française en 1837. Dans son livre La ville imprenable – Une histoire sociale de Constantine au XVIIIe siècle  (éditions Media-Plus en 2004), l’historienne Isabelle Grangaud écrit : «Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que les gouverneurs turcs, maîtres de Constantine depuis plus d’un siècle, décident véritablement de sortir de la Casbah pour investir l’espace de la cité.» On ne sait pas encore exactement l’époque ou la date de la construction de l’ensemble des bâtiments comprenant habitat et caserne et constituant le siège de l’administration beylicale. Les travaux d’urbanisation initiés par Salah Bey, qui a régné sur Constantine et le beylicat de l’Est entre 1771 et 1792, participeront à leur tour de l’investissement de l’espace urbain hors des murs de la caserne de la Casbah. C’est la lecture d’une carte de la ville, établie en 1837, par Ernest Mercier, historien de l’Afrique du Nord, qui permet d’identifier des lieux restés jusque-là inconnus. Délimitée par le ravin à l’ouest, la Casbah était séparée par une ruelle du quartier de Tabia au sud et colle presque jusqu’au nord au site de Sidi Abdelkader vers la limite du rocher. Une seule artère, qui finit sa course à Bab El Casbah, sépare la caserne de la partie Est s’étendant jusqu’à Zekak El Blate (actuellement rue du 19 mai 1956) et qui part de Souk El Ghzel (le marché de la laine) jusqu’au marché de Souk El Asser pour s’étendre plus à l’est vers Souk El Djemaâ, qui n’existe plus aujourd’hui et sur lequel sera bâti l’ex-lycée d’Aumale (l’actuel lycée Redha Houhou), le premier établissement d’enseignement secondaire dans toute la région Est de l’Algérie, construit à partir de 1858. Un lieu qui avait vu défiler des dizaines de jeunes algériens, qui on su braver toutes les difficultés pour suivre des études et devenir plus tard des cadres du pays. 


Entre histoires et légendes  

Pour de nombreux Constantinois, des lieux que renfermaient les remparts de la Casbah demeurent des noms que seuls certains livres gardent pour la postérité après leur disparition, quelques années seulement après l’entrée des troupes françaises, un vendredi 13 octobre 1837, dans une ville encore meurtrie par le sort qui lui a été réservé. Dans l’imposante caserne construite sur des vestiges romains, on retient, juste pour l’histoire, des sites comme Stah El Mouadjen situé à l’extrémité ouest du ravin, Djamaâ El Casbah, les habitations de Houmet Kedida et Terbiat Houka, juste derrière la porte, ainsi que les maisons de Ouled Ben Hassein et les fontaines de Aïoun El Casbah ou encore, Kobbet Bechir à l’angle sud de la caserne. Après la conquête de 1837, la Casbah a subi des modifications importantes. Elle a été entourée d’une enceinte régulière et continue. Toutes les constructions qui s’y trouvaient ont été démolies pour faire place aux casernes d’infanterie, à l’hôpital militaire et à la prison établie, dit-on dans les citernes romaines qui alimentaient la ville en eau. La rue qui recevra le nom de Damrémont (actuelle rue Abdellah Bouhroum), en référence au commandant de l’expédition tué la veille de l’entrée dans la ville, exactement le jeudi 12 octobre 1837, et qui s’arrêtait à la porte de la Casbah, sera autant que possible élargie, régularisée et poussée jusqu’au ravin. Tous les pâtés de maisons situées à l’ouest de Sidi El Kettani, où se trouvaient aussi des biens de Salah Bey, avaient disparu. La division de la ville d’est en ouest en vue d’aménager un quartier européen a été décidée par un arrêté de 1844. L’administration de la ville sera, le 29 avril 1848, soustraite aux Constantinois avec la nomination, à la place de Caïd El bled (Représentant de la population auprès de l’administration coloniale), du capitaine Gasselin, un officier à la retraite. Les vieilles maisons du versant ouest de la médina ont été remplacées par des bâtisses au style européen ayant abrité des Français, des juifs, et quelques familles arabes. Le quartier de Tabia abritera plus tard le siège de la préfecture à la rue Sauzai (actuellement rue Souidani Boudjemaâ), alors que l’Hôtel de ville a remplacé le site de la zaouïa de Sidi Ali Benmekhlouf. Plus au nord, le site de Sidi Abdelkader sera dégagé pour la construction, plusieurs années plus tard, du pont suspendu et l’ouverture d’une route descendant jusqu’à la cité d’El Kantara. 


La guillotine qui a fauché des vies humaines  

La caserne de la Casbah abrite aussi la célèbre prison militaire construite par les Français entre 1854 et 1866, et dont les murs gardent encore des pages héroïques de la lutte armée. L’histoire des centaines de militants de la cause nationale qui y ont séjourné durant la Guerre de libération est encore ignorée. Non loin de la rue Kimouche Youcef, juste en face de l’école El Kettania, une plaque de marbre, portant les noms gravés des martyrs guillotinés, souffre de l’anonymat.  Entre le 7 août 1956 et le 30 avril 1958, 57 hommes, originaires de plusieurs régions de l’Est algérien ont été guillotinés. Ils ont été condamnés à la peine de mort après leur arrestation suite à des attentats commis dans des lieux publics ou contre des militaires français. Le premier avait été Mohamed Belkhiria, natif de Souk Ahras, arrêté le 17 mai 1956 et exécuté le 7 août 1956 (il avait 23 ans), soit quelques semaines après Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj, exécutés le 19 juin 1956 à Alger et Laïb Ahmed Ben Mohamed, guillotiné le 3 juillet 1956 à Oran. Après Belkhiria, d’autres martyrs suivront. On citera, entre autres, Hadjadj Bachir, l’un des moudjahidine ayant déclenché les attaques du 1er novembre 1954 dans la région d’El Khroub (Wilaya I historique – Les Aurès), ancien compagnon de cellule de Mustapha Ben Boulaid à la prison du Coudiat. C’était lui qui avait proposé le plan de l’évasion, mais il n’a pas eu la chance de s’enfuir. Parmi les martyrs de la sinistre prison de la Casbah, on trouve aussi Mustapha Aouati et Amor Zaâmouche, respectivement responsables politique et militaire de l’organisation du FLN-ALN dans la ville de Constantine avant leur arrestation au mois de mars 1957. 


On rappelle également les noms de Bouchama Abdellah, Mentouri Belkacem, ou encore Benmeliek Abderrahmane qui a été guillotiné le 4 mars 1958, le jour de son 26e anniversaire, pour ne citer que ceux-là. La série se terminera le 30 avril 1958 avec l’exécution des trois derniers, à savoir Bouras Tayeb, Hamadou Hocine et Bouchelaghem Mohamed Tayeb. De nombreux moudjahidine et fidayine incarcérés, ayant échappé à la guillotine, y resteront jusqu’à leur libération après la proclamation du cessez-le-feu du 19 mars 1962. La Casbah de Constantine recèle aussi d’autres sites qui marquent son histoire, à l’instar de la maison qui a vu grandir l’imam Abdelhamid Benbadis dans le passage qui porte aujourd’hui le nom de son père, El Mekki Benbadis. Cependant, elle a subi de sérieuses dégradations. C’est à partir de cette maison que sa dépouille est sortie, accompagnée d’une foule immense, pour traverser les rues de la ville en direction du cimetière familial à la cité des Martyrs. Avec toutes ses richesses culturelles, cultuelles et historiques, la Casbah, qui attire toujours des visiteurs étrangers, a connu de sérieuses dégradations dans son bâti. Elle attend depuis des années une réhabilitation qui tarde à venir. 




https://www.trajectoires-dissidentes.com/2018/03/18/la-rue-de-france-cest-une-rue-dalgerie-rolland-doukhan-un-poete-algerien/