Perché au-dessus des vertigineuses Gorges du Rhumel, le pont d’El Kantara (ou Bâb El Kantra) est bien plus qu’un simple ouvrage d’art : il incarne l’histoire, la résilience et la grandeur de Constantine. À travers les siècles, il a été détruit, reconstruit et transformé, mais demeure aujourd’hui l’un des symboles les plus forts de la cité.
. Des Origines Romaines à l’Epoque Ottomane.
L’histoire du pont d’El Kantara remonte à l’époque romaine. Selon plusieurs écrits historiques, un premier pont piétonnier aurait été construit au IIᵉ siècle sous le règne de l’empereur Antonin le Pieux. Ce premier ouvrage, véritable prouesse pour son temps, comportait un aqueduc en siphon permettant d’alimenter la ville en eau depuis le Djebel El Ouach.
Au fil des invasions et des siècles, les ponts romains furent détruits, mais El Kantara fut le seul remis en état, notamment en 1185, avant d’être à nouveau détruit en 1304.
C’est durant la période Ottomane, en 1775, que le pont prit une nouvelle vie sur les vestiges de l'ancien pont romain. Salah Bey entreprit sa reconstruction à l’aide de pierres extraites des ruines d’un ancien amphithéâtre romain. La réalisation fut confiée à un architecte maltais du nom de Bartolomeo. Ce nouveau pont formé de 4 arches de pierre devint rapidement la principale voie d’accès à Constantine et la porte d’entrée symbolique de la ville.
Photos prises en 1856, avant l'écroulement du pont sont l'œuvre du photographe et archéologue John Beasley Greene (1832 Le Hâvre - 1856 - Le Caire). Elles proviennent du Musée des Beaux Arts du Canada et du Musée d'Art Moderne de New York (MOMA).
Ruines de l'Ancien Pont de Bab el Kantara.
. Un Pont, Théâtre de Guerres.
Le Pont d’El Kantara fut témoin de nombreux épisodes dramatiques de l’histoire de Constantine. En 1836, lors de la première expédition française contre la ville, les troupes du général Trézel tentèrent de faire sauter la porte qui fermait le pont. L’assaut échoua, et de nombreux soldats français furent précipités dans les gorges du Rhumel.
Le deuxième assaut sur Constantine fut mené par le général Valée avec Bugeaud en 1837. Pour ralentir l'avancée des troupes coloniales, Hadj Ahmed Bey fait sauter une des arches du pont. Les canons français endommagèrent en riposte les abords de la structure. Le pont ne fut pas totalement détruit, mais la brèche ouverte rendit le passage très difficile, et transforma Bab el Kantara en l'un des points les plus meurtriers de l'assaut final.
Cette destruction partielle, directement liée aux combats, constitue le premier épisode majeur de la fragilisation du pont.
Le 18 mars 1857, après le passage d’un détachement d’infanterie, les deux piliers soutenant le pont s’effondrèrent. L’aqueduc romain, inclus dans la structure, fut lui aussi emporté.
Quelques jours plus tard, soit le 29 Mars 1857, à midi, l'armée coloniale détruit les restes du pont à coups de canon. Il ouvrit le feu contre les deux piliers du pont demeurés debout. Il ne fallut pas moins de 40 coups pour le faire écrouler.
. La Renaissance du Pont d'El Kantara.
La reconstruction du pont fut décidée en 1860, sous le règne de Napoléon III. Trois ans plus tard, en 1863, le nouveau pont d’El Kantara fut inauguré.
Cette version, se distingue par une arche métallique principale de 56 mètres de portée, soutenue par deux piles de pierre ancrées dans les rives du ravin. Le tablier du pont culmine à 120 mètres au-dessus du Rhumel, offrant une vue spectaculaire sur les gorges.
Source "Constantine, les chantiers d'hier".
À l’entrée du pont se dressait autrefois une porte monumentale à deux arches de pierre, véritable porte d’honneur de la ville Elle fut détruite vers 1922.
Des Transformations au XXᵉ Siècle.
Au fil du temps, le Pont d’El Kantara n’a cessé d’évoluer. En 1951, une partie du revêtement métallique s’effondra, ce qui permit à la municipalité de renforcer la structure et d’élargir la chaussée et les trottoirs.
Le pont prit alors sa forme moderne, celle que l’on connaît aujourd’hui : un pont routier en pierre et béton, mesurant 128 mètres de long et dominant les gorges du Rhumel de 125 mètres.
Pont Bab El Kantara à Partir de la Passerelle Mellah Slimane ex Passerelle Perregaux.
. Symbole Eternel de Constantine.
Aujourd’hui, Bâb El Kantra reste le plus ancien des ponts de Constantine, mais aussi le plus emblématique. Il relie non seulement deux rives, mais aussi deux époques : celle de l’ingénierie romaine et celle de la modernité.
Travaux d'Entretien du Pont : Décembre 2023.
Ses pierres, chargées d’histoire, témoignent de la résilience d’une ville qui, malgré les guerres et les effondrements, n’a jamais cessé de se relever.
Le quartier qui l’entoure porte d’ailleurs son nom : Bab El Kantara, littéralement « la porte du pont ». Et c’est bien cela qu’il représente une porte ouverte sur l’histoire, suspendue entre ciel et abîme.
Vue sur L'Ancienne Médina à Partir du Pont Bab el Kantara.





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